Le béton armé domine la construction structurelle en France depuis le début du XXᵉ siècle et représente aujourd'hui 60 % des structures de bâtiment réalisées chaque année. Ce succès provient d'une combinaison unique de propriétés : résistance élevée en compression (le béton), résistance en traction (les armatures acier), durabilité sur 50 ans et plus, polyvalence des formes (coffrages coulés en place ou éléments préfabriqués), et coût compétitif face aux alternatives (charpente métallique, bois). La maîtrise du béton armé est la compétence fondamentale de tout bureau d'études structure intervenant sur le marché du bâtiment français.
Le principe du béton armé repose sur une association symbiotique entre deux matériaux : le béton, excellent en compression (résistance caractéristique fck = 25 à 45 MPa pour les classes C25/30 à C35/45 courantes), mais quasi nul en traction (résistance fct = 10 % de fck) ; et l'acier, excellent en traction (limite élastique fyk = 500 MPa pour FeE500), mais vulnérable à la corrosion. L'acier compense la faiblesse du béton en traction, tandis que le béton protège l'acier de l'oxydation (enrobage 30-50 mm selon classe d'exposition) et limite sa déformation (adhérence béton-acier). Cette complémentarité permet de réaliser des éléments fléchis performants : dalles, poutres, poteaux, voiles, fondations.
Le dimensionnement d'un élément en béton armé selon l'Eurocode 2 (EN 1992-1-1) s'appuie sur la méthode des états limites : états limites ultimes (ELU) pour vérifier la résistance (la structure ne s'effondre pas sous charges pondérées majorées 1,35 G + 1,5 Q), et états limites de service (ELS) pour vérifier la fonctionnalité (ouverture de fissure wk ≤ 0,3 mm, flèche ≤ L/250). La section d'armatures As (cm²) nécessaire dépend du moment fléchissant appliqué Med (kN·m), de la hauteur utile d (mm) et des résistances matériaux fcd (béton) et fyd (acier). Un ingénieur structure dimensionne systématiquement aux deux états limites, puis retient la section d'armatures la plus pénalisante pour garantir la sécurité et la durabilité.
La durabilité du béton armé dépend critiquement de la protection des armatures contre la corrosion. L'Eurocode 2 définit des classes d'exposition (XC pour carbonatation, XD pour chlorures hors milieu marin, XS pour chlorures marins, XF pour gel-dégel) qui imposent des enrobages minimaux (30 mm en XC1, 40 mm en XC3/XC4, 50 mm en XS2) et des rapports eau/ciment E/C maximaux (0,65 en XC1, 0,50 en XC4, 0,45 en XS2). Un béton mal spécifié (enrobage insuffisant, classe de résistance trop faible, E/C trop élevé) conduit à une corrosion précoce des armatures, à des fissures de gonflement, et finalement à un éclatement du béton d'enrobage — pathologie courante dans les parkings souterrains, balcons exposés, et infrastructures marines mal conçues.